Dis-koleos*

Des coléoptères de papiers, brouillant les pistes entre naturel et artificiel, étonnement anecdotique et curiosité scientifique, pour lutter contre notre amnésie collective face à l’extinction massive des insectes.

* Du préfixe dis- qui marque la séparation, la négation, et koleos, du grec étui, à l’origine du mot coléoptère.

 

« Dis-koleos, ou la disparition de la nature en œuvre d’art.

Immergés dans un cabinet de curiosités tout en couleurs, détails, entourés de petites choses délicates qu’on soupçonne être vivantes. Nous-y voilà. Lorsqu’on se retrouve face à l’œuvre d’Hélène Lacquement, Dis-koleos, le contraste entre la délicatesse de ses gestes plastiques et la dureté de la réflexion nous capture.

Les coléoptères sont l’ordre le plus représenté chez les insectes. Y figurent les coccinelles et les scarabées, pour n’en citer que les plus connus. Et ils n’ont pas manqué de marquer cette artiste issue de la biologie  cellulaire qui a retrouvé dans sa démarche plastique son intérêt premier pour la biologie et le vivant. Dessinatrice, un trait fin et délicat, elle s’est vue happée par le papier et ses maintes possibilités jusqu’à l’utiliser en tant que matériel pour la création d’une technique dans un travail de taxonomiste très singulier.

 

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Entre ses mains, les coléoptères font peau neuve… muent… Assemblés feuille par feuille, coupure par coupure, trait par trait, ils gardent quelque part la mémoire de leur existence antérieure, tout en changeant de peau, de dimension, de couleur. Ils deviennent feuille, dessin tridimensionnel, structure réinventée et capturée dans le cadre blanc des formats artistiques. Ils se font présents, en même temps qu’ils disparaissent autant dans la nature que dans le fond blanc du cadre qui les emprisonne. La quête de leur préservation va de pair avec leur effacement. C’est peut-être cette contradiction ultime et intime que l’artiste nous présente dans ses œuvres : le mouvement de préserver en vie fige et, en ce faisant, transforme en chose morte digne de figurer dans une vitrine toute chose auparavant vivante. »

Les papiers et les insectes se rencontrent dans son processus créatif et nous voici au milieu de ses coléoptères exposés tel un cabinet de curiosités. On les regarde et on les regarde à nouveau. Sont-ils bien réels ? Est-ce qu’ils s’envolent la nuit lorsque personne ne les surveille ?

 
La minutie, les détails, les couleurs, la brillance, tous nous interpelle et nous renvoi à cet univers entre l’art et l’entomologie. L’artiste réussit son pari de nous faire regarder la nature comme une création de l’homme, inversement à ce qu’on a l’habitude de croire. »
 

Alessandra MONACHESI RIBEIRO

(psychanalyste, docteur en théorie psychanalytique sur le corps et le féminin dans l’art contemporain à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, recherche post-doctorale sur le corps et la mémoire dans l’art contemporain à l’École de Communication et des Arts de l’Université de São Paulo et au Centre de Recherche sur l’Art et le Langage de l’EHESS à Paris)

 

 
 
Installation conçue à l’origine pour le centre d’art contemporain à cent mètres du centre du monde, à Perpignan dans le cadre du festival R-CAS organisé par l’association les Agit’hé, octobre 2019.
 
Exposée également :
 
– A Quillan dans le cadre de l’exposition collective « L’envolée -regards croisés artistes- naturalistes » , galerie L’artcolabe, mai-juillet 2020
 
– A Thuir,  dans le cadre de l’exposition collective « Paysages liquides : entre art et terroir – 2ème acte », avec l’association 3C Calce Culture Contemporaine, juillet-août 2021